La neurodiversité France

Caroline Goldman ou le retour d’une psychanalyse dépassée

La Neurodiversité-France souhaite partager son inquiétude quant à la large diffusion et au partage massif de la tribune de Caroline Goldman, publiée dans Le Monde il y a quelques jours.

Une inquiétude ressentie parce que cette tribune est finalement partagée et soutenue, alors que peu de monde connaît vraiment les positions de Caroline Goldman. Cette tribune est d’ailleurs très édulcorée par rapport aux idées avancées dans d’autres médias par cette praticienne d’obédience psychanalytique.

Une inquiétude ensuite, car ce qui a été mis en avant est la critique, jugée salutaire, de l’éducation positive. Elle repose sur un constat : si les enfants sont « agités » c’est parce qu’ils sont mal élevés. Cet argumentaire est réactionnaire et fallacieux.

Enfin une inquiétude car cette tribune, très lisse, cache en réalité un projet de réhabilitation de la critique psychanalytique à l’encontre du diagnostic précoce des enfants possédant ses spécificités neurodéveloppementales.

Caroline Goldman n’est pas encore connue du grand public, mais elle l’est de longue date par les associations de personnes autistes, TDAH et dys. Cette tribune n’est en effet qu’une expression légère, parmi beaucoup d’autres prises de parole beaucoup plus tendancieuses et potentiellement dangereuses.

La Neurodiversité-France ne souhaite pas s’appesantir sur le débat entre éducation positive et éducation plus stricte. Nous sommes cependant étonnés que le public soutenant cette tribune et le désormais célèbre « Time Out » est le même public qui promeut l’apprentissage par le dialogue et la communication. Ce principe du Time Out est celui qui a été systématisé notamment dans les Institue médicoéducatifs (IME). Il a théorisé la rupture de communication comme mécanisme permettant de maintenir une hiérarchie entre les usagers de l’IME et le personnel. Cela a en pratique des effets délétères. Du reste, l’éducation reposant sur un fondement de domination sur l’enfant semble contradictoire avec l’idée de former de futurs adultes émancipés et citoyens éclairés. Il n’y a pas besoin de rompre le dialogue et d’isoler (même « pour son bien ») un enfant pour lui permettre de surmonter la situation qui cause une problématique.

Le point sur lequel nous sommes particulièrement indignés est l’idée selon laquelle il y aurait un surdiagnostic de TDAH en France. Des diagnostics seraient erronés car les enfants seraient agités par manque de limites et de cadres parentaux.

Il s’agit en réalité de la vieille litanie psychanalytique consistant à déclarer que les enfants sont tels parce que leurs parents sont fautifs. Parfois ce sont les enfants qui sont autistes car la mère n’est pas comme il faut (Cf Winnicott), que la mère est une mère « frigidaire » (Bettelheim) ou qu’elle empêche la place du père, etc.

Selon Caroline Goldman, par manque de cadre, les enfants seraient alors agités et l’on poserait avec trop de facilité un diagnostic de TDAH. Sur cette simple assertion, nous sommes obligés de nous exprimer et de corriger une erreur : en France, nous sommes en sous-diagnostic de TDAH. Parce que l’accès au diagnostic est très compliqué, parce que la majorité des professionnels sont d’obédience psychanalytique et rejettent « les étiquettes », parce que les parents sont rarement informés. Dans ses podcasts, Caroline Goldman justifie ce surdiagnostic par des propos de psychiatres américains relatifs à la situation aux États-Unis. Elle ne cite aucune source sur la situation française.

Mais elle ne dit pas réellement ce qu’elle pense sur le TDAH dans cette tribune. En effet, selon Caroline Goldman, le TDAH est « né aux Etats-Unis, et est une invention des laboratoires pharmaceutiques afin de vendre une molécule [qui y a été] découverte, le méthylphénidate. »

Plus largement, Caroline Goldman considère que les troubles neurodéveloppementaux n’existent pas. Adieu personnes autistes, dys et TDAH, notamment.

Il existe chez Caroline Goldman, en plus d’un complotisme navrant, une méconnaissance crasse du TDAH.

Mais elle ne dit pas réellement ce qu’elle pense sur le TDAH dans cette tribune. En effet, selon Caroline Goldman, le TDAH est « né aux Etats-Unis, et est une invention des laboratoires pharmaceutiques afin de vendre une molécule [qui y a été] découverte, le méthylphénidate. »

Le TDAH, ce n’est pas uniquement « être agité ». Il suffit de consulter le site de la Haute Autorité de Santé pour en mesurer la complexité https://www.has-sante.fr/jcms/c_2025618/fr/trouble-deficit-de-l-attention-avec-ou-sans-hyperactivite-tdah-reperer-la-souffrance-accompagner-l-enfant-et-la-famille-questions-/-reponses .

Caroline Goldman accuse les laboratoires pharmaceutiques dans son podcast ( https://podcasts.apple.com/fr/podcast/critique-du-tdah/id1614831572?i=1000559642421 ) et dénonce l’utilisation du méthylphénidate pour les personnes TDAH, parce qu’il ne soignerait pas le TDAH. C’est encore une erreur grossière, et Caroline Goldman ne s’en cache pas puisqu’elle considère le TDAH comme une maladie. Or, ce n’est pas une maladie.

Dans ce même podcast, elle considère qu’aucune étude n’a prouvé les causes génétiques du TDAH. Ces études sont pourtant nombreuses, et celle-ci en est un exemple : https://www.nature.com/articles/s41467-021-26426-1#Sec2 .

Pour finir, ce podcast accumule d’autres erreurs, entre autres une confusion entre le TDAH et la bipolarité, ainsi que le rejet des études scientifiques, pour mettre en avant le désormais obsolète test de Rorschach.

Avant de diffuser et de soutenir une tribune, il est toujours préférable de connaitre son autrice ou son auteur afin de comprendre quel corpus d’idées détermine la rédaction de tribune. Les podcasts de Caroline Goldman sont éclairants sur ce sujet.

En conclusion, nous sommes inquiets, car finalement, les personnes TDAH n’ont même pas pu s’exprimer sur ce sujet. La tribune a été diffusée par bon nombre de personnes sans même qu’une interrogation réelle soit posée sur la pertinence de son contenu. Pire, la psychanalyse revient en force malgré les souffrances qu’elle a causées et malgré la démonstration de sa vacuité scientifique.

Quand l’humanisme met de côté la science, au nom de l’éducation, au nom de valeurs morales, ce sont souvent des êtres humains eux-mêmes qui sont sacrifiés.

La Neurodiversité-France continuera de s’opposer à la psychanalyse et continuera de se battre pour que les personnes TDAH et toutes les personnes neurodivergentes puissent accéder à leurs droits, dont celui, fondamental, de s’exprimer sur ce qui les concerne. L’autodétermination n’est pas une condition.

Vous pouvez également retrouver des informations sur le dernier article de Franck Rasmus – Ingénieur, chercheur en sciences cognitives :

Pour ou contre le « time-out » ? Ce que disent les recherches scientifiques

1 réflexion sur “Caroline Goldman ou le retour d’une psychanalyse dépassée”

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