La neurodiversité France

Autisme : L’éthique en toc des obsédés du microbiote (attention, caca)

Vous avez entendu parler du microbiote ? Les propos assommants autour du « deuxième cerveau » n’ont pas pu vous échapper ! On pourrait attendre que la science progresse à ce sujet, et en sourire, si l’obsession de quelques chercheurs et « mamans militantes » à prétendre éradiquer l’autisme via les intestins n’avait pas mené à une expérience sale. Des… greffes de caca « sain » dans les intestins d’enfants enfants autistes, à l’aide de coloscopies, avant d’observer ce qui se passe à long terme.

Problème, l’unique étude que les promoteurs de ces greffes de caca mettent en avant est… d’une éthique particulièrement douteuse.

James B. Adams, c’est qui ?

Parmi les huit auteurs qui ont co-signé cette fameuse étude américaine sur les « bénéfices » des greffes de caca, étude parue en 2019, figure un scientifique Américain hautement controversé : James B. Adams. L’autisme n’est pas sa spécialité d’origine : il étudiait l’ingénierie chimique et les matériaux. Son doctorat, obtenu en 1987, porte sur le génie des matériaux et le traitement des semi-conducteurs (source : https://search.asu.edu/profile/47038)

Adams en est venu à s’intéresser à l’autisme car sa fille (née en 1994) est concernée. Il soutient depuis plusieurs années des positions à rebours du consensus scientifique, allant de l’hypothèse de la toxicité du cadmium à celui des amalgames dentaires, en passant par l’hypothèse des carences vitaminiques et en minéraux. Interviewé sur NBC News en 2006, il soutient que l’autisme aurait pour cause une intoxication au mercure. Adams s’est aussi illustré par son soutien régulier à la diffusion du pseudo-documentaire conspirationniste Vaxxed, et à l’hypothèse dénuée de fondement d’un rôle de la vaccination dans le déclenchement de l’autisme.  (source : https://www.phoenixnewtimes.com/news/asu-autism-professor-promotes-anti-vaccine-film-despite-doctors-protests-8241429).

Les sources des blogueurs autistes américains le dépeignent comme un individu prêt à déroger à toute éthique et toute prudence pour « prouver » que l’origine de l’autisme proviendrait d’une contamination extérieure, quitte à « tester » n’importe quelle hypothèse en ce sens. C’est dans ce contexte que la fameuse étude sur les effets des greffes de selle a pu être approuvée par un comité d’éthique, alors que sa balance bénéfice-risque est défavorable.

Les greffes de caca, c’est quoi ?

Que cette intervention soit nommée « greffe de selles » ou « transfert de microbiote » (ça fait plus propre), c’est fondamentalement la même idée : transférer dans les intestins d’un « patient » un morceau de matière fécale dit « sain », afin de modifier la composition de sa flore intestinale. Pour le moment, la seule indication de cette intervention est le traitement d’une infection récidivante par la bactérie Colostridium difficile, une bactérie qui peut être mortelle.

Les preuves qu’une telle greffe puisse être utile aux personnes autistes sont, au mieux, très faibles. Il existe des preuves de différences dans la composition du microbiote intestinal, mais rien permettant d’en faire une « cause » de l’autisme. Le principal problème, c’est qu’une greffe de caca n’est pas une petite intervention anodine. Il s’agit d’une intervention désagréable et très lourde à préparer, impliquant de subir un lavement ou une coloscopie, c’est à dire l’application d’une sonde nasoduodénale ou nasogastrique, avec de longues restrictions d’alimentation et de boisson en amont et en aval, et de longues prescriptions d’antibiotiques.

Mais au fait, l’intervention citée plus haut, en quoi a-t-elle consisté exactement ?

L’étude américaine de 2019, publiée en accès ouvert, nous renseigne : Il s’agit d’« un traitement de deux semaines à la vancomycine [un antibiotique aux effets secondaires sévères, administré par intraveineuse], suivi d’un nettoyage intestinal, puis d’un transfert de microbiote à forte dose pendant 1 à 2 jours, et 7 à 8 semaines de doses d’entretien quotidiennes avec un suppresseur d’acide gastrique, administrées à des enfants avec TSA et problèmes gastro-intestinaux chroniques » (source : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7651765/).

Cette intervention a concerné 18 enfants autistes américains, et l’étude qui en a résulté fut largement médiatisée. Cette étude a suggéré une « diminution » des symptômes de l’autisme… d’où l’excitation de quelques obsédés du microbiote, pressés d’infliger la même chose à leurs propres enfants !

Exposer ses enfants à des interventions lourdes par haine de l’autisme n’est pas éthique.

On comprend que des greffes de caca puissent être indiquées pour lutter contre une infection bactérienne potentiellement mortelle. Mais quelle justification à une intervention aussi lourde, sur des enfants simplement autistes ? Être parent d’un enfant autiste n’implique pas le droit automatique d’exposer son enfant au premier essai thérapeutique venu. Avoir un enfant autiste implique aussi de savoir faire preuve d’esprit critique, face aux multiples théories causales exposées quotidiennement sur internet.

La Neurodiversité France défend le droit des enfants à disposer de leur propre corps, et à refuser les expérimentations médicalement injustifiées.

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